jeudi, 09 décembre 2010
Observatoire du Paludisme: plate-forme de réflexion et d'action
La meilleure manière de poser une question est de lui opposer d’autres questions (Joseph STIGLITZ, économiste).
La première des réponses à une question est de la poser (Marguerite YOURCENAR, romancière).
Cela étant: ainsi en est-il du… paludisme. D’où le projet de lui consacrer un observatoire, autrement dit un outil de mise en perspective et de… questionnement.
Inutile de dire, tellement la chose relève de l’évidence, que le paludisme demeure une question globale, à laquelle – cela va de soi – on ne peut apporter qu’une réponse – excusez du peu – globale. Plus que jamais, donc, des approches innovantes et performantes de prise en charge se justifient, en remplacement des stratégies défaillantes et (parfois) incohérentes, jusqu’alors expérimentées par-ci par-là. D’où le projet, actuellement insolite en Afrique, de doter le Congo-Brazzaville, mon pays d’origine, d’un Observatoire du Paludisme, tableau de bord susceptible de renseigner sur les évolutions et fluctuations d’une maladie, dont on peut d’emblée dire qu’il s’agit d’un: baromètre des pressions environnementales, thermomètre de la fébrilité sociale, indicateur de la précarité économique et financière des populations, et marqueur de l’efficacité, donc aussi de l’inefficacité, des politiques, systèmes et services de santé à l’œuvre.
Les lignes qui vont suivre n’ont d’autre ambition que celle d’esquisser les contours du projet. Ainsi que d’exposer l’argumentaire en appui à une plate-forme d’analyse et de réflexion qui ne demande qu’à se matérialiser en réalité de proximité et de terrain.
Paludisme: vitrine sociale et économique. A bien des égards, le paludisme reflète les réalités et spécificités, tant sociales qu’économiques – donc politiques – d’un pays. Perçue à une échelle globale et mondiale, sa prise en charge est depuis longtemps tributaire d’enjeux géopolitiques et géostratégiques (voir Paludisme: du passé militaro-sanitaire à la plus fébrile actualité).
Un fait se dégage de ce qui précède: le paludisme attire l’attention sur les dysfonctionnements d’une société donnée, ainsi que sur le modèle économique qui s’y rattache. En quoi la maladie est de nature à apporter un éclairage des plus édifiants, voire des plus terrifiants, sur les inadaptations et inadéquations qui handicapent des communautés, lorsqu’elles ne pénalisent pas des collectivités entières. En quoi la maladie – plutôt que d’être « un » problème, ou « le » problème en tant que tel – contribue surtout à révéler, le plus souvent en les amplifiant, les problèmes – pour les uns sous-jacents, pour les autres en suspens – qui, concrètement, se manifestent sur le terrain. Comment? Sous forme d’insuffisances et d’incohérences inhérentes à ce qui, bien plus qu’un « simple » problème de santé publique, correspond de facto à une question de sécurité et responsabilité environnementales – voir Assainissement: vers une nouvelle donne (Michel ODIKA, Tribune de Genève, 2010). Ce qui en fait par excellence un enjeu de gouvernance – voir Observatoire du Paludisme: tableaux de bord (Michel ODIKA, Tribune de Genève, 2010) – et un obstacle à la cohésion sociale, obstacle sur lequel se greffent des pesanteurs préjudiciables à la dynamique de développement et de progrès d’un pays – voir Malaria observatories: opportunity for development (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2010).
Observatoire: laboratoire le mieux adapté à la sociométrie et à l’économétrie du paludisme. Autant le paludisme se révèle être l’une des vitrines sociales et économiques d’un pays, autant un observatoire, une fois mis en place, peut s’imposer comme laboratoire le mieux adapté à la sociométrie et à l’économétrie du paludisme. Ceci dit et constaté, l’enjeu est de taille. Pourquoi donc?
Soyons réalistes: dans ce qu’elle a de plus figé, une simple « cartographie du paludisme » ne suffit plus, de nos jours, à restituer les faits et la réalité de la manière la plus fidèle et fiable qui puisse exister. D’où la nécessité, cruciale exigence des temps modernes, de développer des outils performants de modélisation mathématique en appui:
- à une analyse statistique des plus fines (à visée sociologique, économique, sanitaire…) des facteurs de risque et de vulnérabilité associés au paludisme;
- à l’ingénierie financière applicable au coût global de la prise en charge, aux dépenses des foyers en antipaludéens, et à l’importation, une fois de plus, des… antipaludéens – voir Malaria funding requirements (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2010);
- à la simulation informatique, en temps réel et à des fins de projections, de la dynamique environnementale, sanitaire, sociale, économique et financière du paludisme.
D’ores et déjà, l’évaluation socio-sanitaire et financière d’un Observatoire du Paludisme peut revêtir trois aspects certes distincts, mais qui, en pratique, n’en sont pas moins complémentaires et convergents, donc cohérents – voir Observatoire du Paludisme: feuille de route (Michel ODIKA, Nouvel Observateur, Paris, 2010).
Premier aspect: l’impact direct de la mise en place de l’observatoire sur les ratios de mortalité et les hospitalisations imputables au paludisme.
Deuxième aspect: l’impact comparatif des « indicateurs de consommation médicale » (revenu par habitant, dépenses de santé par habitant, dépenses en antipaludéens…) et des « indicateurs de sécurité environnementale » (budgets d’assainissement) sur les ratios de mortalité, les hospitalisations (occasionnées par des accès palustres) et le pourcentage des hospitalisations directement liées au paludisme (en accordant une attention particulièrement soutenue aux services de pédiatrie, le paludisme étant à ce jour, et de loin, la première cause de mortalité des enfants de moins de 5 ans, au Congo-Brazzaville…).
Troisième aspect: de l’analyse des données de base et des informations stratégiques tirées des études d’impact (tests de corrélation, entre autres), les autorités congolaise pourraient alors procéder de manière pertinente à des réajustements périodiques des options et orientations en appui aux stratégies de lutte, le but ici visé étant d’affiner en permanence les critères d’allocations et réallocations d’actifs…
Au total, la prise en charge du paludisme, exercice des plus fascinants, nous apprend quelque chose de fondamental et de capital, ainsi résumé: Il n’y a de vent favorable que pour le navigateur qui sait où il va (Guillaume d’Orange, homme d’Etat). Mission doit donc être confiée à un observatoire d’établir la cartographie générale et, partant, de restituer la dynamique globale du paludisme au Congo-Brazzaville. Comment? En exploitant et en explorant, mais aussi en confrontant et en croisant, des indicateurs constitutifs de ce qui, à s’y méprendre, s’apparente à un… tableau de bord ayant valeur de feuille de route. En lieu et place de ce qui ressemble trop souvent à une impasse, si ce n’est à une… navigation à vue.
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Indicateurs de base |
Indicateurs démographiques - Ratios de mortalité - Espérance de vie à la naissance
Indicateurs économiques et financiers - Revenu par habitant - Taux de croissance économique
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Indicateurs de performance |
Indicateurs épidémiologiques - Nombre d’hospitalisations - Pourcentage des hospitalisations liées au paludisme
Indicateurs sanitaires - Dépenses de santé par habitant - Dépenses en antipaludéens par habitant - Nombre d’habitants par médecin - Nombre d’habitants par lit d’hôpital
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Indicateurs de progrès |
Indicateurs environnementaux - Budget d’assainissement/km2 - Budget d’assainissement/1000 habitants
Indicateurs sociaux - Taux de scolarisation des enfants - Taux d’alphabétisation des adultes
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mardi, 07 décembre 2010
Observatoire du Paludisme: idée à matérialiser
Le plus grand défi consiste, non pas à développer de nouvelles idées, mais plutôt à s'affranchir des anciennes, avait dit John KEYNES (économiste et mathématicien). Applicable au paludisme, ce constat, dont on peut dire qu'il prend appui sur des faits autant concordants que convergents, se résume comme suit: plus que jamais, la prise en charge du paludisme, actuellement dispersée au point de paraître désarticulée, nécessite une Autorité de planification, de gestion, de coordination et d’évaluation. S’inscrit dans cette perspective, entre autres alternatives envisageables, l’initiative, pour le moment unique et insolite en Afrique, de créer un Observatoire du Paludisme au Congo-Brazzaville.
Brièvement et concrètement, le projet d’Observatoire du Paludisme ambitionne de doter le Congo:
- d’une plate-forme de réflexion et d’action profitable à la prise en charge, globale et intégrée, de ce qui demeure un double enjeu de santé publique et de sécurité environnementale;
- d’un gage de modernité, de souveraineté et d’indépendance;
- d’un modèle innovant de citoyenneté, de gouvernance et de leadership;
- d’un dispositif en adéquation permanente avec les Objectifs de développement du millénaire;
- d’une dynamique de développement et de progrès en temps réel.
Par ailleurs, le projet d’Observatoire du Paludisme se singularise par un postulat de départ, ainsi résumé: toute stratégie innovante de lutte contre le paludisme gagne à prendre appui sur des piliers et à s’inscrire dans des perspectives.
Les 5 piliers en appui au projet sont:
- une réponse multisectorielle;
- des indicateurs démographiques et épidémiologiques;
- des données de base et informations stratégiques;
- une surveillance et évaluation en temps réel;
- le réajustement périodique des options et orientations.
Dans la cohérence d’une vision d’ensemble, la réponse multisectorielle à mettre sur pied impliquerait autour d’un agenda commun:
- les décideurs politiques;
- les autorités sanitaires;
- les professionnels de la santé;
- les experts en assainissement;
- les experts en urbanisme;
- des sociologues;
- des économistes;
- des ingénieurs statisticiens.
Pour l’essentiel, les indicateurs démographiques et épidémiologiques, à exploiter et à explorer, comprennent:
- la mortalité globale;
- la mortalité infantile;
- le nombre d’hospitalisations.
S’agissant des données de base et des informations stratégiques, elles relèvent pour les unes de la « consommation médicale », pour les autres de la « sécurité environnementale ».
Les capacités de consommation médicale, ou ce qui y contribue, se reflètent à travers:
- le revenu par habitant;
- les dépenses de santé par habitant;
- les dépenses en antipaludéens;
- le nombre d’habitants par médecin;
- le nombre d’habitants par lit d’hôpital.
De son côté, l’assainissement demeure le principal indicateur, et de surcroît parmi les plus fiables, en matière de lutte contre le paludisme. Ses principaux champs d’action et d’intervention sont l’évacuation sécurisée des déchets solides – notamment des ordures ménagères – et des eaux usées. Sans compter que, de nos jours, l’évaluation du budget d’assainissement gagne à se décliner en trois échelles de perception et d’appréciation:
- le budget d’assainissement en tant qu’enveloppe globale;
- le budget d’assainissement/km2;
- le budget d’assainissement/1000 habitants.
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Consommation médicale |
Sécurité environnementale
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- Revenu par habitant - Dépenses de santé par habitant - Dépenses en antipaludéens - Nombre d’habitants par médecin - Nombre d’habitants par lit d’hôpital
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- Budget d’assainissement (enveloppe globale) - Budget d’assainissement/km2 - Budget d’assainissement/1000 habitants |
La surveillance et l’évaluation en temps réel comprennent deux principaux volets.
D’une part, les répercussions sanitaires et financières de toute stratégie de lutte contre le paludisme:
- la mortalité globale;
- la mortalité infantile;
- les hospitalisations (nombre annuel et pourcentage des hospitalisations liées au paludisme);
- les dépenses en antipaludéens (dépenses des foyers et importations);
- les budgets d’assainissement (tels que présentés ci-dessus).
D’autre part, le second volet a trait à l’impact comparatif des indicateurs de consommation médicale et ceux, cruciaux, relevant de la sécurité environnementale, sur les ratios de mortalité et les hospitalisations. A cette fin, défi de taille, des études de corrélation seraient à envisager, le tout à grand renfort d’outils de modélisation mathématique, d’analyse statistique, d’ingénierie financière. Ainsi que de simulation informatique, en temps réel, de la dynamique sanitaire, sociale et économique du paludisme au Congo-Brazzaville.
Entre autres avantages aux allures d’atouts indéniables, la surveillance et évaluation en temps réel permettraient le réajustement périodique des options et orientations inhérentes aux stratégies de lutte en phase d’application. Comment?
Premièrement, par une gestion adéquate et appropriée:
- des ressources humaines, financières et techniques;
- des infrastructures, notamment des systèmes d’information et des réseaux de communication qui en dépendent;
- des revenus.
Deuxièmement, par une gestion prioritairement ciblée sur:
- l’inventaire et la traçabilité des ressources;
- la mobilisation et la valorisation des mêmes ressources;
- leur gestion transparente, c’est-à-dire optimisée et sécurisée;
- la distribution et redistribution équitables des revenus.
Tout compte fait, le projet d’Observatoire du Paludisme a pour ambition et vocation de s’inscrire dans cinq perspectives complémentaires et convergentes, autrement dit:
1) la gestion sécuritaire de la politique sanitaire du Congo (le paludisme étant bel et bien un enjeu de sécurité nationale dans ce pays – voir Observatoire du Paludisme: enjeu de sécurité nationale et de cohésion sociale);
2) la gestion globale et intégrée de la politique d’assainissement;
3) la gestion collaborative et participative des ressources, y compris des systèmes d’information;
4) la consolidation de la souveraineté sanitaire du Congo, face à ce qui reste un enjeu de gouvernance, de leadership et de géopolitique (cf. options et orientations en matière de recherche ciblée sur la mise au point des antipaludéens – voir Paludisme: du passé militaro-sanitaire à la plus fébrile actualité);
5) la réduction à moindre coût, notamment financier, des ratios de mortalité et des hospitalisations imputables au paludisme.
12:56 Publié dans Environnement, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paludisme, observatoire du paludisme, gouvernance du paludisme, leadership en matière de paludisme
jeudi, 12 août 2010
Médicaments de qualité douteuse: épidémie silencieuse et oubliée
Faux médicaments: faux problème en mal de vraies solutions (Tribune de Genève)
Médicaments de la rue à Brazzaville (Diapositives)
05:27 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contrefaçon et contrebande des médicaments



